Tu seras partout chez toi

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Ecrit par Insa Sané,

Publié le 7 novembre 2012 chez Sarbacane,

Format broché 135 x 215 mm, 240 pages.

(Résumé personnel)

Sény est un petit garçon de neuf ans joueur et curieux, plein de vie et d’amour. C’est un enfant comme tant d’autres, épanoui et choyé. De son babillage trop sérieux pour ne pas donner le sourire, il nous emmène au coeur de son univers rythmé par la fantaisie et l’inventivité, auprès de ses amis et surtout, de son amoureuse. Parce qu’à neuf ans on a le droit d’aimer, et que c’est peut-être même mieux d’aimer à cet âge là. C’est plus rigolo ! 

Un jour cependant, ses parents lui mettent une valise de carton dans les bras. « Où est-ce qu’on va, Papa ? » Est-il puni ? Ses parents ne l’aiment-ils donc plus ? Pourquoi l’abandonnent-ils ? Pourquoi doit-il partir, seul ? Sény ne comprend pas et ses parents, étouffés par le chagrin, ne parviennent pas à lui répondre.

Recueilli par son oncle et sa tante dans un pays inconnu, Sény ne parvient pas à oublier son « chez-moi », à vivre loin de ses parents, de ses amis, de son amoureuse. Surtout, il ne comprend pas cette nouvelle vie qu’on lui impose. Alors il va lutter, de toute la force de ses neuf ans, contre ce monde d’adultes : un combat contre l’absence et l’incompréhension. 

« Mon grand garçon. Ce n’est pas une punition : c’est une récompense. Tu vas de l’autre côté du monde. Qu’est-ce que j’aimerais être à ta place ! L’Odyssée d’Ulysse ou les Voyages de Gulliver, ce sont des promenades de santé à côté de ce que tu vas vivre ! Je suis sûr que sur ta route, tu apercevras le titan Atlas portant la voûte céleste sur ses épaules… Oh, la chance ! Tu sais, ce n’est pas facile d’atteindre le pays où tu te rends. Beaucoup de gens ont tenté d’aller là-bas, mais très peu ont réussi. Ton oncle et ta tante sont arrivés à bon port. Et je sais que toi, tu y arriveras aussi. Tu es plus courageux que le soldat de plomb et, bientôt, des ailes te pousseront sur les épaules et tu sauras t’échapper de n’importe quel dédale – tu te souviens de Dédale, hein?… Oui mon garçon, sans te brûler les ailes. Tu sais, dans le pays où tu vas, les hommes marchent en lévitation. Tu comprends ce que ça veut dire, hein ? Oui, ils se déplacent au-dessus du sol ! Tu veux apprendre à marcher dans les airs ? Là-bas, tu pourras. Mon chéri, si tu ne pars pas, tu risques de finir comme le serpent… le dragon condamné à marcher sur le ventre… Tu te souviens, n’est-ce pas ? »

Insa Sané se révèle un excellent conteur car il parvient à rendre avec justesse la personnalité et les émotions d’un petit garçon déboussolé au travers d’une aventure qui entremêle extraordinairement la réalité et l’imaginaire fantastique de l’enfance. J’ai adoré retrouver tout au long du récit des références aux mythologies grecques et romaines, aux épopées fantastiques, aux légendes extraordinaires et autres contes anciens : Sany, bercé par les belles histoires de son père, trouve dans celles-ci la force de comprendre la réalité. Ainsi, ces légendes de notre passé ne sont pas que de simples clins d’oeil au lecteur, ce sont de véritables outils de compréhension pour ce petit bonhomme qui cherche des réponses à ses inquiétudes dans les exploits d’Ulysse ou qui essaie de comprendre ses erreurs au travers des aventures de la brebis de Monsieur Seguin. 

« Mais ne t’en fais pas, Yulia ; puisque je dois te quitter ce jour, je le ferai avant que la nuit ne s’endorme.
Très tôt. On n’aura jamais à se dire adieu. TOI ? Ne te retourne pas. JAMAIS ! Va de l’avant. TOUJOURS ! Tant pis pour les larmes. Tant pis pour nous. Tant pis pour les espoirs fous d’un « Il était une fois » qui nous aura laissés sur le bas-côté. Tu m’aimeras plus loin. Je t’aimerai ailleurs. Ensemble, on tournera la page du plus beau des romans – sans tristesse ni rancoeur. Demain sera heureux. Promis ! Juré ! Juré ! Craché ! En vérité, l’éternité est aussi éphémère qu’un « Je t’aime » suspendu entre la vie et la mort.
Ne t’en fais pas, Yulia, je t’aimerai toujours, parce qu’il ne faut jamais dire « J’aimais ». »

Tu seras partout chez toi est le récit d’une confrontation poignante avec une réalité inavouable ainsi qu’une magnifique fable moderne autour du deuil et de l’absence. Le récit est empreint de poésie, ce qui le rend très beau malgré les événements tragiques que l’on devine dès les premières pages. Insa Sané raconte ainsi avec beaucoup de douceur les événements vécus par Sany et sa plume, d’une grande finesse, parvient à imiter le parler enfantin sans le singer. Au fur et à mesure de son histoire, Sany développe des réflexions très pertinentes et enrichissantes sur l’absence et la signification du mot « partir ». Ces réflexions, très touchantes et poétiques sous la plume innocente et naïve de Sany, n’en sont pas moins profondément matures. Cependant, il s’agit d’une maturité inconsciente liée à la douleur ainsi qu’à la nécessité de comprendre et de trouver des réponses à l’extrême solitude à laquelle il est abandonné. 

« Mais ne t’en fais pas, Yulia ; puisque je dois te quitter ce jour, je le ferai avant que la nuit ne s’endorme.
Très tôt. On n’aura jamais à se dire adieu. TOI ? Ne te retourne pas. JAMAIS ! Va de l’avant. TOUJOURS ! Tant pis pour les larmes. Tant pis pour nous. Tant pis pour les espoirs fous d’un « Il était une fois » qui nous aura laissés sur le bas-côté. Tu m’aimeras plus loin. Je t’aimerai ailleurs. Ensemble, on tournera la page du plus beau des romans – sans tristesse ni rancoeur. Demain sera heureux. Promis ! Juré ! Juré ! Craché ! En vérité, l’éternité est aussi éphémère qu’un « Je t’aime » suspendu entre la vie et la mort.
Ne t’en fais pas, Yulia, je t’aimerai toujours, parce qu’il ne faut jamais dire « J’aimais ». »

En conclusion, Tu seras partout chez toi est un très beau roman ainsi qu’un merveilleux conte inspiré des légendes du passé. C’est un texte qui peut-être proposé aux plus jeunes car le narrateur est un enfant et s’exprime comme tel, toutefois il est confronté à une réalité douloureuse qui l’oblige à puiser dans les berceuses de son père des enseignements pour affronter les obstacles de la vie, de ce fait c’est un texte qui peut également être apprécié par des adultes. La plume d’Insa Sané est légère et très imagée, le récit est triste mais beau malgré tout. C’est un roman enrichissant que l’on peut conseiller à tous sans hésitation. 

«  »Chez moi », des jeux idiots en sandalettes, des culottes trouées pour laisser respirer l’aventure, les cheveux qu’ont pas vu le peigne depuis la première carie sous la langue qui fourche dans des gros mots écorchés vifs comme on grimpe aux arbres de vie pleins de fruits interdits d’en prendre de la graine on est l’oeuf et la poule on est neuf on a neuf ans alors en avant toutes dents dehors les ailes poussées vers le soleil c’est du vent c’est l’Harmattan on a tué l’armateur en jetant l’ancre de nos récits on se souvient on oubliera sans doute les chemins qui mènent à ce pays sans route, en route ! »

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Je remercie très sincèrement la maison d’édition Sarbacane pour la confiance dont elle m’horore.