Mourir, partir, revenir, le jeu des hirondelles

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Ecrit et dessiné par Zeina Abirached,

Publié le 10 octobre 2007 aux éditions Cambourakis,

Format broché 240 x 160 mm, 192 pages.

Quatrième de couverture :

« En avril dernier, sur le site de l’INA, qui venait de mettre ses archives en ligne, je suis tombée sur un reportage sur Beyrouth en 1984. Les journalistes interviewaient les habitants d’une rue située sur la ligne de démarcation. Bloquée à cause des bombardements dans l’entrée de son appartement – l’entrée était souvent la pièce la plus sûre car la moins exposée –, une femme au regard angoissé dit une phrase qui m’a donné la chair de poule. Cette femme, c’était ma grand-mère. J’étais à Paris et tout d’un coup, sur l’écran de mon ordinateur, ma grand-mère faisait irruption et m’offrait un bout de notre mémoire. Ça m’a bouleversée, je me suis dit que c’était peut-être le moment d’écrire enfin le récit qui me travaillait depuis un moment déjà.
“Je pense, qu’on est quand même, peut-être, plus ou moins, en sécurité ici”
C’est la phrase qu’a dit ma grand-mère en 1984.
C’est une phrase qui s’interroge sur la notion d’espace et de territorialité.
C’est une phrase qui résume la raison pour laquelle beaucoup d’habitants sont restés « chez eux » malgré le danger.
C’est aussi la première phrase mon futur album.

~~~~~~~~~

Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles est un roman graphique publié aux éditions Cambourakis. Lorsque l’on entame cette lecture, on est tout d’abord frappé par la couleur noire entêtante des graphismes : le roman est illustré en noir et blanc mais le noir empiète sur le blanc, devient oppressant et même menaçant. Tout ce noir, c’est la représentation de la guerre qui fait rage au Liban, qui étouffe les habitants et les prive de leur liberté. Les dessins sont épurés et leurs lignes sont très géométriques : il n’y a aucune courbe dans les paysages et l’on ne remarque que très peu de souplesse dans la représentation des personnages, toutefois le dessinateur ne semble pas manquer d’imagination mais plutôt de liberté créative car malgré la pauvreté du style, les dessins restent très expressifs. Ainsi, les illustrations accompagnent le texte et mettent en exergue le contrôle absolu des armées sur la ville ainsi que l’autorité exercée sur les habitants qui sont bridés et doivent obéir à des règles strictes. L’absence de liberté est partout, même dans le coup de crayon du dessinateur. 

Cependant, malgré la tension et la violence quotidiennes, les privations de toutes natures, l’absence d’eau courante et d’électricité ainsi que les difficultés évidentes à continuer de vivre dans un environnement économiquement instable, quelques individus survivent dans la bonne humeur et s’entraident fraternellement. C’est ce souvenir humain et tout en émotions qu’a souhaité partager Zeina Abirached : ainsi, ce roman n’apporte aucun éclairage nouveau sur la guerre qui sévit au Liban en 1984 et n’est en rien le témoignage d’un soldat rescapé, il s’agit simplement du souvenir d’une soirée dans l’entrée d’un appartement alors que les bombardements font rage à l’extérieur. 

« Ne t’en fais pas. Tant qu’on est dans l’entrée, rien ne peut nous arriver. »

Habiter dans l’entrée d’un appartement peut sembler incongru, mais il s’agit pourtant de l’endroit le plus sûr parmi ce danger constant et absolu dans lequel sont obligés d’évoluer les personnages. L’entrée de l’appartement est éloignée des fenêtres et surtout, de la rue occupée par le franc-tireur : ainsi les chambres, la cuisine et le salon sont délaissées pour ce minuscule endroit qui offre plus de chance de survie. Une petite entrée d’appartement. Et lorsque les tirs reprennent et que les bombardements retentissent, les voisins descendent en toute hâte pour rejoindre ce refuge chaleureux, car l’entrée de cet appartement est situé au premier étage, celui qui est le mieux protégé. En effet, des sacs de sables, des conteneurs récupérés sur les quais ou encore des parpaings sont empilés devant les maisons, les immeubles et les magasins ainsi qu’au-travers des rues afin de constituer une protection de fortune contre les tirs. Grâce aux illustrations, il est possible de visualiser ces protections et ainsi de se rendre compte de ce qu’elles protègent et de ce qu’elles ne protègent pas : on pénètre visuellement la réalité des personnages et leur maigre sécurité. 

La gravité des événements est atténuée par la vision toute enfantine de la narratrice, une enfant qui n’est pas encore capable de comprendre la situation de son pays et le danger qui la menace. Les quelques phrases qui jalonnent le roman sont courtes et purement descriptives, aucune réflexion n’est proposé au lecteur – c’est la réalité du souvenir qui est racontée et illustrée. Cependant, l’absence de texte laisse plus de place aux images et l’on s’imprègne rapidement de la noirceur des illustrations et de l’atmosphère qui s’en dégage, on prête plus facilement attention aux regards des personnages, aux frémissements de leurs lèvres et à leurs postures. Ainsi, alors que les dialogues se veulent neutres et détachés pour ne pas effrayer les enfants, la gestuelle et les regards des adultes soulignent leur inquiétude face à l’absence de deux personnages qui tardent à rentrer : les tirs à l’extérieurs ont repris, l’attente est longue et presque éternelle pour ce groupe d’amis qui vivent dans l’incertitude et l’angoisse permanente. 

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Ce roman démontre que les illustrations peuvent non seulement s’accorder avec le texte, mais également en intensifier la signification et inciter le lecteur à la réflexion.

Mourir, partir, revenir, le jeu des hirondelles est court et vif, c’est un souvenir brûlant qui reprend vie grâce aux illustrations efficaces qui l’enrichissent. Zeina Abirached n’a pas souhaité expliquer la guerre ou raconter son pays, elle s’est concentrée sur le souvenir d’une soirée d’entraide, de jeux d’enfants, d’attente et d’angoisse. Chaque personnage a un passé unique que la guerre a meurtrit, mais tous ont le même présent : leurs destins convergent vers cette petite entrée d’appartement, illusion de sécurité dont le pouvoir symbolique est rassurant. Ensemble, ils trouvent la force d’affronter une situation pénible et épuisante. Les souvenirs d’une vieille dame, le théâtre d’un ancien professeur, les réserves d’alcool d’un restaurateur : chacun, à sa manière, soutient les autres. Si le texte n’est pas novateur dans son approche de la guerre, il permet toutefois de ressentir les émotions qui animaient les habitants, victimes indirectes de cette violence. Malgré son apparente simplicité, ce souvenir véhicule beaucoup d’émotions et, la dernière page tournée, occupe encore l’esprit un long moment. 

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Je remercie sincèrement l’équipe de Libfly ainsi que les éditions cambourakis pour la confiance dont elles m’honorent, ainsi que pour cette découverte dans le cadre du salon du livre d’Arras 2013.

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